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Cas d’usage · Secteur public · Procédure

Dossiers administratifs : donner accès sans exposer les tiers

Équipe Anonimatum

En bref

L'intéressé peut obtenir communication des documents qui le concernent (CRPA), mais le dossier contient souvent des données de tiers. L'enjeu : les occulter de façon cohérente sur toutes les pièces.

Un dossier administratif n'est pas un document mais des dizaines : plainte ou signalement, rapports d'agents, procès-verbaux, observations, photos, courriers et décision finale. Chaque pièce cite des personnes différentes, et souvent la même personne sous des formes différentes : « M. Jean Martin », « M. Martin », « le plaignant ».

Quand l'intéressé demande copie, quand il faut lui permettre de présenter ses observations avant une décision défavorable ou quand le juge administratif demande le dossier, le défi n'est pas seulement d'occulter : c'est de le faire de la même manière sur toutes les pièces, sans nom oublié dans l'annexe 14.

Ce que prévoit le CRPA

Le CRPA distingue les documents communicables à tous et ceux qui ne sont communicables qu'à l'intéressé. L'article L311-6 réserve à la personne concernée les documents dont la communication porterait atteinte à la protection de sa vie privée, au secret médical ou au secret des affaires, ou qui portent une appréciation sur elle. L'intéressé a donc accès à ce qui le concerne, mais pas aux informations protégées relatives à d'autres personnes.

L'article L311-7 organise la solution : lorsque des mentions ne sont pas communicables mais peuvent être occultées ou disjointes, le document est communiqué après occultation. Avant une décision défavorable, la procédure contradictoire (articles L121-1 et L122-1 du CRPA) permet à la personne de présenter ses observations, ce qui suppose souvent de lui donner accès aux pièces qui fondent la décision.

Devant le juge administratif, le dossier est produit dans le cadre de l'instruction contradictoire. Les demandes émanant de personnes qui ne sont pas intéressées relèvent du droit d'accès général et de l'avis éventuel de la CADA, comme expliqué dans notre page sur la communication de documents administratifs. Le RGPD s'applique en parallèle : la CNIL rappelle que le droit d'accès d'une personne ne doit pas porter atteinte aux droits des tiers.

Un même dossier, plusieurs destinataires

Traitement habituel des données de tiers selon le destinataire
DestinataireFondementTraitement habituel des données de tiers
Personne intéresséeArticles L311-6 et L311-7 du CRPA, droit d'accès RGPDDossier communiqué ; mentions protégées des tiers occultées
Juge administratifInstruction contradictoireDossier produit ; pièces sensibles signalées au juge
Tiers demandeurDroit d'accès aux documents administratifsCommunication partielle, plus restrictive que pour l'intéressé
Publication, formation, statistiquesChoix de l'administrationAnonymisation complète du dossier

Les dossiers mêlent des données personnelles ordinaires (noms, adresses, téléphones, signatures, plaques) et des informations plus sensibles : santé dans les dossiers d'aide sociale ou de handicap, mineurs dans les dossiers scolaires ou de protection de l'enfance, faits reprochés dans les procédures de sanction.

Le problème de la cohérence

  • Un nom occulté dans le rapport mais visible dans le courrier de transmission ou l'accusé de réception.
  • Le même voisin masqué dans une pièce, appelé « Voisin A » dans une autre et « Témoin 2 » dans une troisième.
  • Des photos ou plans scannés jamais relus parce que « ce ne sont que des images ».
  • Une seconde communication, des mois plus tard, avec d'autres choix que la première.
  • Le nom de l'intéressé dans le nom du fichier ou dans les métadonnées.

Quand le destinataire doit suivre qui a dit quoi, la pseudonymisation vaut souvent mieux que l'occultation : chaque personne reçoit un pseudonyme stable (« Personne 1 », « Personne 2 »). Encore faut-il qu'il soit identique sur tout le dossier.

Une méthode pour le service instructeur

Avant de communiquer ou produire un dossier

  • Identifier le destinataire et le fondement : intéressé, juge, tiers ou publication.
  • Lister les personnes citées et décider pour chacune : maintien, occultation ou pseudonymisation.
  • Appliquer les mêmes choix et la même table de pseudonymes à toutes les pièces.
  • Vérifier les scans, photos et annexes, pas seulement les documents natifs.
  • Renommer les fichiers de manière neutre et supprimer les métadonnées.
  • Conserver la version communiquée et noter ce qui a été occulté et pourquoi.

Exemple concret (fictif)

Un dossier fictif d'infraction d'urbanisme contient 38 pièces : le signalement d'une voisine, deux procès-verbaux de constat, des photos, les observations du propriétaire, un courriel d'un autre riverain et l'arrêté final. Le propriétaire demande communication de son dossier. Les choix sont fixés une fois pour toutes : l'agent verbalisateur reste visible, la voisine devient « Personne 1 » et l'autre riverain « Personne 2 » dans toutes les pièces, les plaques visibles sur les photos sont occultées et les propres données du propriétaire restent lisibles puisqu'il est l'intéressé. Si le dossier est ensuite produit devant le tribunal administratif, il l'est dans sa version complète.

Comment Anonimatum vous aide pour les dossiers

Depuis la version 1.9.0, Anonimatum propose un écran Dossiers : regroupez les pièces d'une affaire, appliquez-leur le même modèle via la file de traitement en arrière-plan et suivez l'état de chacune. Chaque dossier peut avoir sa table de correspondance partagée, pour que la même donnée reçoive le même substitut dans toutes les pièces ; elle a son propre mot de passe, qui n'est pas conservé.

Le dossier se télécharge en ZIP avec les pièces terminées et un index CSV et PDF sans noms ni données personnelles. Chaque traitement enregistre une version dans l'historique (jusqu'à 10 par pièce, chiffrées et sans le nom du fichier), et le PDF obtenu peut être publié dans la GED ou le logiciel de gestion des dossiers (REST ou CMIS) avec un nom neutre. La détection combine l'IA propre d'Anonimatum sur des serveurs de l'UE, des motifs pour les identifiants et IBAN et l'OCR, et la liste blanche laisse visibles les agents signataires.

Questions fréquentes

L'intéressé peut-il connaître l'identité de l'auteur d'un signalement ?

Pas nécessairement. Les mentions qui permettent d'identifier un tiers relèvent de la vie privée de ce tiers ; le contenu du signalement peut être communiqué sans son identité, selon les besoins de la défense.

Faut-il anonymiser le dossier produit devant le juge ?

En principe non : le juge doit disposer de l'ensemble des éléments. Les pièces particulièrement sensibles concernant des tiers peuvent être signalées pour qu'il apprécie leur communication aux parties.

Pseudonymiser ou occulter ?

Si le destinataire doit suivre le récit, des pseudonymes stables sont plus lisibles. Si le document sera publié, l'anonymisation irréversible est la voie sûre.

Comment garder deux communications cohérentes ?

En conservant les choix et la table de pseudonymes du dossier. Avec une table partagée, une personne reçoit toujours le même substitut, même des mois plus tard.

Des dossiers cohérents de bout en bout

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Sources et textes

  1. Code des relations entre le public et l'administration (Légifrance)
  2. Commission d'accès aux documents administratifs (CADA)
  3. CNIL : le droit d'accès